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Rouler en duo en moto

Généralités
Conduite coulée = passager heureux :
Rouler en duo n'est pas aussi anodin qu'il n'y paraît. Cela implique des réactions spécifiques qui s'affinent avec l'expérience, que cela soit pour tenir le guidon ou garder une bonne assiette. Même s'il s'agit d'une évidence, mieux vaut rappeler que la moto change radicalement de comportement selon qu'elle transporte une ou deux personnes.


Pour assurer le plaisir de son compagnon de balade, le conducteur d'un deux roues à moteur doit adapter sa conduite et bien informer un passager qui n'aurait pas l'habitude des deux-roues.

Tout comme il doit tenir compte de l'allongement des distances de freinage, de la tenue de route modifiée (garde au sol et adhérence réduites, inertie supérieure en virage...) et de l'état de la mécanique (pression des pneus, réglage des suspensions).

Ensuite, la première attention consiste à respecter l'éventuelle appréhension ressentie par l'occupant(e) de la place arrière, comme le confie Marie : « Lors de ma première sortie, j'étais crispée car j'avais peur de faire un faux mouvement qui aurait pu nous déséquilibrer.

Mais le pilote a très bien réagi en conduisant tranquillement et calmement, ce qui m'a inspiré confiance en quelques kilomètres ! »
Une conduite apaisée est bien la meilleure façon d'éviter les mouvements inadaptés du (de la) passager(e), qui peuvent déstabiliser dangereusement l'équipage. Le passager qui se relève en virage reste en effet un classique de l'épouvante qui se traduit par un sous-virage aussi soudain que violent... Pour autant, un passager expérimenté peut quand même se faire surprendre par un style de conduite trop heurté, voire agressif.
Chantal fulmine : « Je n'aime pas sortir en groupe car il y a une sorte d'émulation entre les participants qui rend la conduite heurtée et ne permet pas toujours d'anticiper. » En outre, une conduite sportive fatigue davantage les passagers : « J'aime bien rouler rapidement mais cela fait mal aux cervicales et aux bras, je dois demander des arrêtsplus fréquents.
En fait, je préfère maintenant quand nous roulons plus cool, en prime nous apprécions davantage les paysages ! », s'amuse Valérie.



Second rôle déterminant
Moins actif, le passager est plus rapidement sensible à la fatigue, au froid et aux courbatures. L'instauration d'un « code de convivialité » avant le départ lui permettra de solliciter un arrêt d'un simple signal. La complicité est l'élément fondateur de la conduite efficace en duo, car le passager ne joue en rien le rôle d'un sac de sable !
Il doit pouvoir anticiper chaque freinage pour ne pas heurter l'arrière du casque du conducteur, décrypter la route pour mieux encaisser les chaos, résister aux accélérations, le tout en gardant sa place assez près du pilote pour ne pas souffrir de turbulences et de courants d'air.
Sur certaines machines hypersportives, la forme exiguë des repose-pieds, souvent placés très hauts et près de l'échappement, ne facilite pas les choses !
Sur ce genre d'engin, la position mains en appui sur le réservoir semble être d'ailleurs la seule solution pour résister à l'inconfort plus de cinq minutes...
Au moment de monter en selle, il s'agit aussi de ne pas déséquilibrer le conducteur en s'appuyant sur la moto ou en s'accrochant dans les bagages. Il convient donc de bien lever la jambe ou de prendre appui sur le repose-pied avec précaution.
Rappelons enfin que selon le Code de la route, le passager doit se tenir à califourchon (pas en amazone), sur une machine équipée d'une selle biplace avec dispositif de maintien (sangle ou poignée) et de repose-pied dédiés.
Bien entendu, l'équipement requis est le même que pour le conducteur : casque, gants et chaussures adaptées, blouson et pantalon ajustés (les vêtements ou écharpes qui flottent au vent sont à proscrire).

source motomag
Les passagers en danger...
Mal installés, mal assurés, mal équipés : passagères, passagers, faites le point de votre place avant de vous y installer ! A défaut, de multiples complications s’annoncent ! Voici ce qu’il faut à tout prix éviter et ce qu’il faut impérativement faire !

Ce que vous proposent souvent les constructeurs, c’est ça : une machine sortie des circuits, de vitesse ou d’endurance, avec une vague greffe de selle au format hamburger. Il suffit de se rendre à toute manifestation d’importance pour constater que vous y emmenez quand même un passager (faut-il qu’elle, ou il, vous aime pour supporter çà). Or celui-ci est carrément maltraité, voire complètement oublié dans certains domaines, ce comparativement à l’automobile où il est l’objet de toutes les attentions. Pas normal tout ça !

Une accidentologie quasi ignorée

1 011 tués en moto et sur les routes, c’est le dernier chiffre connu et officiel. Mais combien de passagers ? Réponse : 80. Mais en réalité, la vraie question est “quelle est la fréquence d’utilisation en duo d’une moto, et sur ces chiffres, combien a-t-on de décès, ou blessés ? ”. Impossible à dire. En moyenne, un motard roule à 80% du temps seul. Si l’on rapporte ces 80 passagers tués à ces 20% de temps d’utilisation en duo, la probabilité d’accident devient…considérable ! De plus, il est impossible de définir une accidentologie sérieuse des passagers d’une moto, car les outils officiels de recueil des informations sont inexistants, ou peu renseignés. Il existe quelques organismes qui effectuent des études, mais qui n’interviennent que lorsque leur financement est bouclé. C’est ainsi que le Centre d’Etudes Européen de Sécurité et d’Analyse des Risques : le CEESAR, vient de boucler une étude à la demande de la Commission européenne et de l’Association des Constructeurs Européens de Motocycles (ACEM), et en démarre une autre à la demande Ministère de la recherche, de la fondation MAIF et du Comité National de Sécurité Routière. Le CEESAR a étudié 150 accidents types, dont 14 cas avec passagers.

On relève une tendance à l’absence de protection des mains avec les conséquences qu’on imagine. Thierry Hermitte et Maxime Moutreuil, du CEESAR nous confirment cette carence qui s’observe sur le bas du corps : “ les passagers n’ont souvent pas de protection inférieure, or leur position rend leurs membres vulnérables. Globalement, les passagers s’en sortent pas trop mal comparativement aux pilotes qui ont à faire à un environnement plus agressif : guidon, fixations de carénages, commandes au pied. Certains ont la bonne idée de s’éjecter avant le choc, ce qui n’est jouable qu’à basse vitesse et a des conséquences dramatiques sur l’équilibre du pilote resté au guidon ! ”.

Le permis de conduire impose le transport d’un passager lors des épreuves lentes de plateau. Inefficace, car le risque n’est pas là ! C’est lors de l’épreuve en circulation que cet épreuve devrait s’effectuer, d’autant qu’une fois le permis en poche, la première tentation sera de faire découvrir la moto à un passager...

Si je t’assure : je t’emmène !

Coté assurance du passager : premier point positif, la Loi française est plutôt bien faite : il est toujours assuré ! Celui qui est embarqué est “ considéré comme un piéton, ou un tiers et est donc couvert ”. Il y a tout de même deux bémols. Actuellement peu de compagnies étrangères sont implantées sur notre sol. Mais certains pays de la CEE fractionnent la responsabilité civile, normalement, la loi du pays souscripteur doit être appliquée, mais il faut tout de même vérifier qu’il n’y a pas un montage administratif douteux (genre association installée à l’étranger qui assure des français, détectable en raison de son identification sur le contrat d’assurances). En second lieu, attention aux options qui garantissent des services hors dommages, genre assistance rapatriement en cas d’avarie, voire même d’accident à l’étranger ou loin de son domicile. S’il est évident que le pilote est couvert, c’est loin d’être systématiquement le cas pour le passager. Or ce type de pépin survient immanquablement en vacances, donc quand on est souvent deux ! ”.

Une géométrie de machines de plus en plus aberrante !


Recherche aérodynamique, gain en garde au sol, tout est déployé pour que la moto soit efficace… pour le pilote ! Le passager se trouve à dix / quinze centimètres au-dessus de lui. Totalement aberrant à deux titres (au moins).
Premièrement cette charge haute perchée relève et déplace vers l’arrière le centre de gravité de l’ensemble roulant, perturbant totalement l’équilibre pour lequel il a été conçu. Deuxième point, situé plus haut, le passager se prend le vent en pleine face et donc augmente le maître couple (la résistance à la pénétration dans l’air), tout en provoquant un effet de basculement de l’avant vers l’arrière : les réglages de suspensions sont donc totalement à revoir.

Conclusion : vous avez deux motos ! Celle que vous pilotez en solo, et une autre, moins précise, plus lourde : celle chargée d’un passager. Cette configuration particulière requiert un minimum de savoir, pour ne pas dégoûter le passager de l’expérience et ne pas vous faire de sueurs froides !


Par Thierry LERAUD